La première fois qu’on m’a proposé de doubler les murs d’une maison en pierre de la Lomagne avec du polystyrène, j’ai failli refuser l’article tellement l’idée me hérissait. Une maison gasconne du XIXe siècle, montée en galets de l’Arros et en pierre calcaire, ce n’est pas une boîte en parpaing qu’on emballe : c’est un mur vivant, qui respire, qui absorbe l’humidité l’hiver et la relâche l’été. L’isoler mal, c’est prendre le risque de l’étouffer — moisissures, salpêtre, boiseries qui pourrissent de l’intérieur. Voici comment s’y prendre, étape par étape, sans trahir la bâtisse.
Étape 1 : comprendre son mur avant d’isoler
Dans le Gers, on trouve trois grandes familles de murs anciens : la pierre calcaire des coteaux, autour d’Auch, de Lectoure ou de Fleurance ; les galets roulés montés au mortier de terre, fréquents en Lomagne ; et le pisé ou la brique de terre crue, plus courants en Astarac. Dans les trois cas, le mur fonctionne comme une éponge régulatrice : il capte l’humidité ambiante, la stocke, puis l’évacue par évaporation. On appelle ça la perspirance. Avant tout chantier, faites un diagnostic simple : grattez l’enduit existant, cherchez les traces d’humidité en pied de mur — les remontées capillaires sont fréquentes dans les maisons sans arase étanche — et vérifiez l’état des joints. Un mur qui « pleure » au ras du sol doit d’abord être traité, drainage, arase, enduit chaux respirant, avant qu’on parle d’isolation.
Étape 2 : pourquoi le polystyrène et le ciment sont à bannir
Un enduit ciment ou une isolation en polystyrène expansé forment un film étanche à la vapeur d’eau. Posés sur un mur en pierre ou en terre crue, ils bloquent l’évaporation : l’humidité, qui continue de monter par capillarité, se retrouve piégée entre la pierre et l’isolant. Quelques années plus tard, le tableau est toujours le même : moisissures, salpêtre, isolant gorgé d’eau qui n’isole plus rien, et parfois pourrissement des sablières en bois.
France Rénov’, le service public de la rénovation énergétique, rappelle que le choix des matériaux doit toujours tenir compte de la nature du bâti ancien, pour ne pas créer de désordres liés à l’humidité.
Tout l’enjeu est là : isoler un mur ancien, c’est choisir des matériaux qui laissent passer la vapeur d’eau tout en ralentissant les pertes de chaleur, pas l’enfermer sous une membrane étanche.
Étape 3 : l’enduit chaux-chanvre, la base saine
Sur un mur en pierre ou en terre crue, on reprend d’abord les joints et les enduits extérieurs à la chaux naturelle, seule ou mélangée à de la chènevotte de chanvre. Cet enduit respire, corrige les irrégularités de la pierre et améliore déjà un peu le confort thermique, sans jamais étanchéifier le mur. Comptez un léger surcoût par rapport à un enduit ciment classique, largement compensé par la longévité et l’absence de désordres à moyen terme.
Étape 4 : isoler par l’intérieur en laine de bois ou en liège
Pour l’isolation proprement dite, deux matériaux perspirants dominent chez les artisans du coin : la laine de bois en panneaux semi-rigides, et le liège expansé, plus cher mais imputrescible et parfait dans les pièces humides. On les pose sur une ossature bois, avec un frein-vapeur hygrovariable — jamais un pare-vapeur classique, qui recréerait l’effet « sac plastique » du polystyrène. La laine de chanvre ou de lin en vrac fonctionne aussi très bien pour les rampants et les combles.
Étape 5 : les combles, premier poste de déperdition
Avant même de toucher aux murs, isolez les combles : c’est là que la chaleur s’échappe le plus vite l’hiver. En combles perdus, la ouate de cellulose ou la laine de bois soufflée en épaisseur généreuse, 35 à 40 centimètres, offre un excellent rapport confort-prix, sur un plancher qui reste correctement ventilé.
Étape 6 : ne jamais oublier la ventilation
Une maison mieux isolée est une maison plus étanche à l’air, donc plus humide si l’air ne circule plus. Une VMC simple flux hygroréglable, voire double flux dans un projet de rénovation globale, est indispensable pour évacuer l’humidité produite par la cuisine, la salle de bain et la respiration des occupants, surtout dans une maison en pierre déjà chargée d’humidité naturelle.
Voici un comparatif des isolants les plus adaptés au bâti gersois ancien :
| Isolant | Perspirance | Usage conseillé | Prix indicatif |
|---|---|---|---|
| Laine de bois | Élevée | Murs intérieurs, rampants | 25 à 40 €/m² |
| Liège expansé | Élevée | Murs, pièces humides | 40 à 60 €/m² |
| Chanvre en vrac | Élevée | Combles perdus, rampants | 20 à 35 €/m² |
| Ouate de cellulose | Bonne | Combles perdus soufflés | 15 à 25 €/m² |
| Polystyrène expansé | Nulle | Déconseillé sur mur ancien | 10 à 20 €/m² |
Un dernier conseil de terrain : faites appel à un artisan RGE habitué au bâti ancien, pas seulement au neuf, les techniques et les réflexes ne sont pas les mêmes. Des aides existent pour financer ces travaux ; on en reparle régulièrement dans notre rubrique économie et vie pratique. Et si vous cherchez l’inspiration avant de vous lancer, allez voir comment les bastides et les maisons de maître du département ont traversé les siècles sans jamais renoncer à respirer, du côté de notre rubrique découvrir le Gers.
Isoler une maison gasconne, ce n’est pas la transformer en thermos. C’est lui redonner du confort sans lui retirer ce qui la fait tenir depuis deux siècles : sa capacité à respirer. Pour aller plus loin, la plateforme France Rénov’ recense les artisans certifiés et les aides mobilisables selon votre situation.




