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Bastides du Gers : Montréal, Fourcès, Sarrant, Larressingle… l’itinéraire des plus beaux villages

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Il y a un mot qui revient sans cesse quand on parle du Gers avec des amis toulousains ou bordelais : « bastide ». Beaucoup l’emploient sans trop savoir ce qu’il recouvre, et c’est bien normal — le département en compte tellement, et de si différentes, qu’il faudrait un été entier pour toutes les arpenter. J’ai fini par tracer mon propre itinéraire, celui que je conseille à chaque copain de passage à Lectoure : une boucle de deux à trois jours, sans voiture qui carbure inutilement, qui enchaîne les plus belles d’entre elles depuis Condom jusqu’aux portes d’Auch.

Une bastide est une « ville neuve » fondée dans le Sud-Ouest de la France, essentiellement entre 1222 et 1373, par une autorité féodale — comte de Toulouse, roi de France ou d’Angleterre — qui la dote d’une charte municipale et d’un plan régulier organisé autour d’une place centrale bordée d’arcades, les fameux « couverts ».

Cette définition, on la doit aux historiens de l’urbanisme médiéval (voir l’article « Bastide (ville) » sur Wikipédia), et elle explique pourquoi ces villages se ressemblent tous un peu sur le papier — grille de rues, place carrée, remparts — tout en étant, une fois sur place, d’une diversité qui m’étonne encore après des années de balades à vélo dans le coin.

Étape 1 — Larressingle, la miniature fortifiée

On commence fort. Larressingle, à cinq minutes de Condom, est surnommée la « petite Carcassonne du Gers » : c’est l’un des plus petits villages fortifiés de France, et on en fait le tour en moins d’un quart d’heure. Remparts intacts, pont-levis, douves, donjon roman du XIIe siècle — tout est concentré sur quelques centaines de mètres, ce qui en fait l’étape idéale pour ouvrir l’appétit sans épuiser les enfants dès le matin.

Étape 2 — Montréal-du-Gers, la doyenne

Une quinzaine de minutes plus loin, Montréal-du-Gers revendique le titre de plus ancienne bastide de Gascogne, fondée au milieu du XIIIe siècle sur un éperon qui domine la vallée de l’Auzoue. L’église Saint-Pierre, la halle et les vestiges de remparts se visitent tranquillement, mais le vrai bonus est à deux kilomètres : la villa gallo-romaine de Séviac, avec ses mosaïques et ses thermes, pour qui veut remonter encore plus loin dans le temps.

Étape 3 — Fourcès, l’unique bastide ronde de France

C’est mon village préféré à raconter, parce qu’il casse tous les codes qu’on vient d’énoncer. Fourcès ne suit pas le plan en damier habituel : sa place centrale est circulaire, bordée de maisons à colombages et de couverts, avec le Petit Auzoue qui ferme la boucle. Un plan unique en France, hérité d’un ancien camp fortifié. Le dernier week-end d’avril, la Fête des Fleurs y attire les foules — mieux vaut venir un jour tranquille pour profiter des arcades sans se marcher dessus.

Étape 4 — La Romieu, entre pèlerins et chats de pierre

Étape sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (la via Podiensis), La Romieu doit sa renommée à sa collégiale Saint-Pierre, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Compostelle, et à ses dizaines de sculptures de chats disséminées dans les rues — un hommage à la légende locale d’Angéline, qui aurait sauvé le village de la famine grâce à ses chats. Grimpez dans les tours de la collégiale : la vue sur les toits de tuiles et la campagne alentour vaut la montée.

Étape 5 — Lectoure, la cité épiscopale

Je ne pouvais pas construire cet itinéraire sans y glisser ma ville d’adoption. Lectoure n’est pas une bastide au sens strict — c’est une cité bien plus ancienne, capitale des Lomagne puis évêché — mais elle se visite dans le même esprit : cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais, remparts, ruelles pentues et cette lumière particulière sur la vallée du Gers au coucher du soleil. Une bonne base pour dormir avant de repartir vers l’est.

Étape 6 — Lavardens, le village-balcon

Changement d’échelle : Lavardens grimpe sur son piton rocheux et se laisse dominer par un château qui se voit à des kilomètres à la ronde. Les ruelles en pente, les maisons à pans de bois et le panorama sur les coteaux gersois en font une halte courte mais spectaculaire, à une vingtaine de minutes d’Auch.

Étape 7 — Sarrant, le village en cercle

On termine par un autre village au plan circulaire, plus modeste que Fourcès mais tout aussi charmant : Sarrant s’enroule autour de son église, ses maisons à colombages serrées les unes contre les autres derrière un rempart quasi complet. On y flâne devant les vitrines d’artisans et de libraires, avant de reprendre la route vers Auch.

Récapitulatif de l’itinéraire

Village Label Ce qu’il faut voir Temps de visite
Larressingle Plus Beaux Villages de France Remparts, pont-levis, donjon roman 30-45 min
Montréal-du-Gers Plus Beaux Villages de France Église Saint-Pierre, villa de Séviac à proximité 1h30 avec Séviac
Fourcès Plus Beaux Villages de France Place ronde à couverts, colombages 1h
La Romieu Plus Beaux Villages de France / UNESCO (via Podiensis) Collégiale Saint-Pierre, chats sculptés 1h30
Lectoure Cité épiscopale historique Cathédrale, remparts, panorama 2h
Lavardens Plus Beaux Villages de France Château, ruelles en pente 45 min
Sarrant Plus Beaux Villages de France Village circulaire, artisans 45 min

Comment organiser sa boucle

Sur deux jours, je regrouperais Larressingle, Montréal-du-Gers, Fourcès et La Romieu autour de Condom, avec une nuit à Lectoure. Sur trois jours, on pousse tranquillement vers Auch en passant par Lavardens puis Sarrant, quitte à finir par un marché ou une bonne table gasconne pour clore le séjour. Beaucoup de ces villages se découvrent aussi très bien à vélo, sur des routes secondaires peu fréquentées — si l’idée vous tente, jetez un œil à nos conseils pratiques dans la rubrique Économie & Vie pratique, et à nos suggestions de balades douces dans Santé, Sport & Bien-être.

Un conseil de terrain, tout de même : les parkings des plus petits villages (Fourcès, Sarrant, Larressingle) saturent vite le week-end en haute saison. J’arrive toujours avant 10h ou après 17h, quand la lumière est de toute façon plus belle sur la pierre.

Quelle saison choisir

Le printemps et le début d’automne restent mes préférences : la lumière rase mieux la pierre blonde des façades, les terrasses sont ouvertes sans être bondées, et les vignes d’Armagnac qui bordent la route entre Condom et Fourcès offrent un décor changeant selon les mois. L’été a son charme — marchés nocturnes, festivals de village — mais réclame de partir tôt pour profiter des ruelles avant l’afflux de milieu de journée. En hiver, ces bastides prennent un visage plus intime : peu de monde, des cafés de village où l’on s’attarde, et cette impression, propre au Gers, d’avoir le patrimoine pour soi seul.


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